Le dangereux conditionnement publicitaire à l'école (Khaled Gaiji)


Une tribune de Khaled Gaiji publiée dans le 1er numéro du mensuel Les Z'indigné(e)s, en septembre 2013 (reproduit avec leur aimable autorisation).

L'extension des espaces marchands nuit à la neutralité de l'école publique. Les éléments siglés y sont toujours présents. Pire, les firmes remplacent ou forment de plus en plus les professeurs.

L'objectif des marchands ? Les prendre au berceau !

Le viol mental commence aujourd'hui dès la maternité. Les marketeurs y offrent des cadeaux promotionnels (couches, lait en poudre, magazines publicitaires...) afin de fidéliser la famille [1].

Les marchands savent que « les 2/3 des produits consommés par un enfant le seront encore à l’âge adulte » et qu'ils « sont de plus en plus prescripteurs d’achat » [2]. Une vraie pédophilie mercantile est opérée pour les conditionner. Après, la télévision, le plus simple pour leur laver le cerveau est l'école.

Les marques à l’assaut de l'école

Les activités de mercatique en milieu scolaire prennent plusieurs formes :
- Les « vêtements et matériels marqués ». On doit s'outiller et se vêtir avec les produits des publicités sous peine d'être exclu d'un groupe. Ce mécanisme de normalisation publicitaire est une forte discrimination [3].
- Le sponsorat et le mécénat. Faute de budget, les institutions scolaires sont « obligées » de recourir à ces intrusions financières et publicitaires. Cette dépendance financière du service public est dangereuse car elle affecte la transmission de savoirs neutres [4].
- L'activité purement publicitaire, bien qu'interdite, est présente à l'école. L'association R.A.P. est souvent alertée par des personnes étonnées de trouver des panneaux publicitaires à l'intérieur des établissements scolaires.
- Les actions pédagogiques sont les plus développées. Elles sont une ruse des lobbyistes pour introduire leurs messages commerciaux.

L'école et l'État au service des marchands

En France, prolongeant la règle de laïcité, la neutralité commerciale à l'école existait depuis 1936. Mais, en 2001, Jack Lang, Ministre de l'Éducation Nationale, a remis en cause ce principe. Depuis, les entreprises peuvent intervenir dans les écoles via des kits et des animations pédagogiques [5].

Les gouvernements ne remettent pas en question la circulaire Lang. Pourtant, sous couvert de contenu pédagogique, les marchands remplacent petit à petit l'enseignant. Ces modules ont une finalité idéologique servant des intérêts privés, à l’encontre du principe de neutralité.

Les activités de marketing à l'école ont été pensées en parallèle de mécanisme de privatisation de l'éducation, fruit d’un projet politique des entreprises pour capter ce marché [6]. Les exemples en ce sens sont très nombreux [7].

A Gonesse (Val-d'Oise), pour promouvoir un projet contesté de centre commercial, "Europa City", les collectivités et les promoteurs (dont le principal est Auchan) ont réalisé un module pédagogique. Auchan, a été nominé 2e au prix Pinocchio du développement durable [8] pour ce projet. "Le collectif pour le triangle de Gonesse", opposé au projet, alerte en vain sur ce module pédagogique [9].

L'objectif des entreprises est que l'école produise de bons consommateurs assujettis à leur idéologie. Le site internet du Conseil national de la consommation (organisme d’État) répertorie des kits pédagogiques. Les plus plébiscités portent sur l’éducation à la publicité [10]. Réalisés par l’union des annonceurs, ils éduquent à devenir un « créatif » mais balayent tout le regard critique du système publicitaire.

Pour un enfant autonome de l'exploitation économique

L'école a pour but de développer l’autonomie des élèves, c’est-à-dire leur capacité de jugement. Or celui des marchands est de les aliéner et de les exploiter. Philippe Mérieu affirme que la publicité est contraire à la convention des Droits de l'Enfant notamment car les États doivent prendre "toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l'enfant contre toutes formes de violence, d'atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d'abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d'exploitation..." (article 19-1) [11].

R.A.P. mène des campagnes tel que la Rentrée Sans Marques qui invite les citoyens à se mobiliser en stoppant toute forme de publicité à l'école et en écrivant aux députés pour qu'ils retirent la circulaire Lang.

Khaled Gaiji, coprésident de Résistance à l'agression publicitaire (R.A.P.)


[1] "Marquage à la couche-culotte dès la maternité", Terra-éco, le 3-01-2013;
[2] Le marketing à l'école , GMV Conseil, octobre 1998;
[3] Le bonheur conforme, François BRUNE, Éditions de Beaugies, 1985.
[4] "Comment le groupe Total va financer la réforme de l’Éducation nationale", Basta!, Agnès Rousseaux (11 juillet 2013)
[5] Circulaire n° 2001 – 053 du 28 mars 2001
[6] "Touche pas à mon école !", Casseurs de pub, Paul Ariès, 2003
[7] "École : quand les multinationales remplacent les instituteurs", Basta!, Agnès Rousseaux (30 mai 2013).
[8] Remis par les Amis De La Terre qui dénonce "les mensonges de multinationales françaises"
[9] http://voe95.fr/cptg/
[10] http://www.conso.net/
[11] http://deboulonneurs.org/article606.html

Publié le 29/08/2013, rédigé par Frédéric, dans la rubrique Ressources et Analyses


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